La Nature, c’est dépassé…

Avertissement: si vous avez l’impression d’un éditorial; si vous sentez de l’indignation et peut-être même un fond de colère dans ce texte, vous avez probablement raison…

 

La vie. La Vie avec un grand V.

Elle a au moins 4 milliards d’année. Ça lui a pris tout ce temps pour tester des formes, évoluer vers de plus en plus de complexité et d’adaptabilité à toutes sortes de conditions. Elle sait se perpétuer, créer de nouvelles formes de vie, et laisser disparaître celles qui ne pouvaient plus continuer. Elle a développé des germes, des bactéries et des virus qui sont en relation avec tous les systèmes vivants. Ils nous soutiennent (on ne peut pas digérer sans nos bactéries), nous informent (oui, oui, nous interagissons avec notre environnement grâce à eux), et nous régulent (ça c’est moins drôle), nous forcent à nous adapter encore et encore. La Vie, La Nature, dans leurs grandes sagesses, équilibrent les proies et les prédateurs, l’environnement interne et externe, les plus aptes à vivre et ceux qui ne pourront pas suivre le mouvement. Il y a un dicton autochtone qui l’exprime à peu près ainsi: Le Grand Esprit, dans sa grande Sagesse, amène, pour chaque maladie une plante alliée et soeur pour nous guérir…l’équilibre est ainsi préservé.

Cette terre vivante à connu bien des extinctions et chaque retour de la vie est plus riche et plus complexe. Nous, les humains, sommes, à notre connaissance, la forme la plus complexe à ce jour de l’Évolution…et nous voilà! À peine 600,000 ans qu’on a le feu; quelques milliers d’années d’écriture, quelques siècles de bâtisseur.ses, découvreur.ses, colonialistes et envahisseur.ses; quelques siècles de sciences, de philosophies, de religions; quelques décennies de recherche dite moderne, incluant la découverte de notre ADN…roulement de tambour. Voilà les Apprentis Sorciers et Sorcières, tout excitées: on va vous jouer dans le Code. Vive la science et la médecine moderne! On a la Clé! On peut allez jouer dans votre génétique et c’est SANS DANGER…oui, oui. La Nature vous savez, c’est dépassé. On fait bien mieux  maintenant.

On peut vous triturer les gènes et bientôt on fera de vous ce que vous voulez…on vous bidouillera le code à chaque nouveau virus, car on fait bien mieux de nos jours que l’immunité de masse habituelle, celle qui sélectionne, qui forme, qui informe et qui, oui, fait mourir des gens. Bientôt on va vous vendre l’immortalité. Sans se poser les vrais questions; les questions difficiles et qui fâchent; les questions qui arrêteraient momentanément le progrès le temps qu’on pense aux conséquences; les questions sur la qualité de vie, sur notre juste place dans ce monde, sur l’équilibre; les questions sur à qui ça profite réellement, qui paye, qui sera exclut, qui sera exploité et quelles seront les conséquences sur les prochaines générations.

Et si on s’élève contre cette nouvelle religion c’est qu’on est rétrogrades, contre le progrès, attardé.es, complotistes, ignorants, inconscients, prêts à « tuer » les autres par nos comportements insouciants et irresponsables…comme si nous étions des bombes à retardement ambulantes. Parce que, individuellement, notre vie est ce qu’il y a de plus important…alors on oublie que nous sommes une famille, un clan, une tribu, une nation, une ville, un pays, une planète. Il n’y a pas que mon petit « je » qui compte.

Pendant ce temps, la terre a chaud, des espèces disparaissent, l’écologie est perturbée. On continue, en occident et ailleurs, la course mortelle du capitalisme sauvage. La qualité n’est plus au centre de nos préoccupations; nos frères et soeurs humains non plus, les animaux encore moins. Tant pis si notre confort au Nord implique la mort d’enfant dans des mines, la faim dans des pays entier, la destruction du poumon de la planète.

Trop courte vue; délire du « on trouvera bien une solution plus tard »; non respect de la Vie dans toute sa grandeur et son intelligence.

Je me souviens d’une bande dessinée de Franquin, dans ses « Idées Noires »: la terre a explosé en millions de morceaux qui éclatent dans l’espace…sur un petit morceau de terre un homme et sa femme devant un petit morceau de maison qui reste encore et le monsieur qui dit quelque chose comme « ne t’inquiètes pas ma chérie, ils vont sûrement trouver quelque chose »…

Il va nous falloir réapprendre à vivre et à mourir. À nourrir la qualité de la vie et des relations pour tous et non la quantité. Il va nous falloir réapprendre à avoir confiance en l’équilibre naturel et nous y « soumettre ». Car à vouloir croire que nous ferons mieux que la Nature, non seulement l’échec sera cuisant et douloureux (vous voulez combien d’histoires de médicament qui tournent mal, de manque de test, de malversations pour l’appât du gain, de l’imprévisibilité de nouvelles technologies ou molécules sur le long terme, et tant d’autres choses encore?), mais nous reviendrons au point de départ: La Nature est Maîtresse.

Ceux et celles qui croient vraiment pouvoir faire mieux qu’Elle, ont un sérieux problème de toute-puissance.

Ce sera en maîtrisant notre nature intérieure, en explorant tous les possibles de ces corps qui nous permettent la vie (et on a pas fini de découvrir tout ce que l’on est, en vérité, capable de faire avec nos corps!), en faisant confiance à la nature, en nous laissant aller dans la vie et dans sa finitude, en cultivant le meilleur en nous et dans toutes nos relations, que nous irons plus loin; mais pas plus loin que la Nature Elle-même, car nous sommes toutes et tous et tout lié.es.