Sur la tapisserie du Silence


Brouhaha, tumulte, Tohu Bohu, stress, contraction, densité, souffrance, incertitude…Auriez-vous besoin d’espace?

Si vos pensées, vos journées, vos émotions, votre corps, votre environnement, vos relations ressemblent à ce dessin d’un petit garçon de 3 ans, c’est que la réponse est oui.

Nous nous concentrons trop souvent sur la matière; matière visible, matière concrète et solide, matière dense qui occupe facilement nos sens.
Pourtant, il y a plus d’espace vide que de plein, même dans la matière physique.

Ce qui nous permet de voir quelque chose, c’est l’espace autour et entre. Ce qui nous permet de distinguer les différences c’est le vide qui l’accompagne. Si, sur une toile, toutes les couleurs et les traits sont mélangés l’un sur l’autre, il n’y a plus rien à voir. Ce qui nous permet de regarder c’est tout ce qui sépare: l’écart entre les feuilles des arbres, la distance entre les troncs, la profondeur du champs et de nos trois dimensions.
En kabbale on apprend à méditer non plus sur les lettres écrites, mais bien sur l’espace blanc entre elles qui les rend visible.
C’est là que s’ouvre réellement nos sens.Que nous retrouvons une décontraction, une plus grande liberté, une étendue en nous qui nous permet de retrouver notre souffle, puissant et profond.

Dans cet ère des masques obligatoires, notre espace se rapetisse, notre respiration s’amoindrit, et le reste de notre être se contracte. Ce confinement nous fait perdre la sensation immédiate d’avoir de la place autour de nous; d’avoir cette bulle de rien autour de nous dans laquelle nous pouvons puiser notre air et agrandir notre aire. Ne vous laissez pas enfermer intérieurement alors que l’on exige de vous de vous enfermer extérieurement. Reprenez de la place; votre place, matérielle physique (l’espace que vous occupez avec votre corps) et aussi votre espace énergétique: ce rien autour de vous qui est encore « vous ».
Un exercice simple est de commencer à mettre votre présence et celle de vos sens sur le rien autour des choses et des gens. Changer votre focus et regardez le vide; cherchez-le; trouvez l’entre, l’interstice, la tache de lumière au milieu des feuilles, l’intervalle entre les gouttes de pluies.

Il en va de même pour nos sensations physiques, mentales ou émotionnelles. Ce qui nous permet de ressentir, c’est le fait que toutes nos sensations n’arrivent pas en même temps; même nos douleurs « chroniques » changent d’intensité, nos émotions font des vagues, les lieux qui s’expriment en nous se diversifient. Parce qu’il y a ce temps, même infime, entre les sensations, entre nos pensées, nous pouvons naviguer ces flots, vagues, après vagues. Quand nous commençons à nous concentrer plutôt sur cette distance entre nos pensées, nos sensations, nos émotions, nous entrons dans un champs de conscience tout à fait différent. Nous pouvons redevenir vaste. Alors notre être se décontracte et se déploie.
Un exercice simple est de concentrer votre écoute sur les endroits de votre corps qui ne vous envoient aucune sensation; de visualiser le creux vide entre vos doigts, entre vos bras et votre corps, celui qui est juste derrière vos oreilles…Cherchez l’espace entre vos pensées, la fraction de seconde de silence, et mettez-y votre attention. Quand les émotions semblent vous submerger, trouvez la faille, le moment entre les vagues où vous pourriez reprendre votre souffle. Imaginez la toile vierge de votre corps sur laquelle se dépose toute sensation…le parfum d’une fleur qui se dépose sur un air sans odeur, pour vous permettre de le capter…ouvrez-vous à la subtilité des sens, à ce qui se cache sous la matière.

Vous aurez compris que le son aussi n’est audible que grâce au silence sur lequel il est déposé.
Oui, il y a un espace entre les sons, un intervalle entre les notes, une distance entre toutes les manifestations sonores qui nous permet d’entendre, sans quoi nous ne pourrions rien distinguer.
Imaginez, cherchez, trouvez, la tapisserie du Silence sur laquelle se déposent les sons de votre vie…il y a là, la réminiscence du Silence premier et ultime, du Souffle originel. Celui qui vous rappelle que vous êtes plus qu’il n’y paraît; que la vie est plus que ce que vous en voyez; qu’il y a plus de place dans ce Mystère que ce que nous en sommes capables de connaître. Redressez vos épaules et inspirez longuement et souvent ce vide salvateur qu’est l’air autour de vous. Sans Lui, il n’est pas possible de vivre.

Alors vous vous sentirez spacieux.se; vaste;rasséréné.e; paisible; étendu.e voire infini.e …Le Lieu de l’Être sans contrainte, où l’incertitude est confortable, parce que vous vous habitez totalement et faites un.e avec la Vie.
C’est là que votre âme murmure votre prochain pas, votre juste posture, votre moyen d’action dans ce monde.