« Nous ne sommes pas troublés par les choses, mais par les opinions que nous en avons » Épictète

La guérison…une histoire comme les autres

 » Our culture and its stories largely determine the manner in which we experience the worls and our place within it.(…)Our body and mind- which are so interrelated that I consider then together as bodymind– are deeply affected by the myth we accept without question. When our bodymind experiences a new situation or challenge, it resorts to the most familiar story about the situation- the story depicting what we expect will happen. Then we match our experience tou our expectations. it does not matter if the story is true; our bodymind responds from the place of a deep cultural hallucination,which for most of us means deep sleep.  »

Donald M. Epstein

Healing myth, Healing magic (italiques dans le texte)

 

traduction libre: Notre culture et ses histoires sont ce qui largement déterminent comment nous interprétons ce monde et notre place dans celui-ci. (…). Notre corps et notre mental- qui sont si interreliés que je les considère ensemble comme corpsmental- sont profondément influencés par le mythe que nous acceptons sans critique. Quand notre corpsmental fait l’expérience d’une situation nouvelle ou d’un défi, il se rabat sur l’histoire la plus familière qu’il connaît à ce propos- l’histoire qui décrit ce que nous nous attendons à voir advenir. Il importe peu que l’histoire soit vraie; notre corpsmental réponds à partir d’un lieu d’hallucination culturelle, qui, pour la plupart d’entre nous, est une forme de sommeil profond ».

Quantité ou Qualité de vie?

« Il est tragique que la métamorphose post-humaine ait commencé sous la poussée aveugle du triple moteur scientifique/technique/économique qui propulse le vaisseau spatial Terre, alors que la métamorphose éthique/culturelle/sociale, de plus en plus indispensable à cette métamorphose, demeure encore dans les limbes. Pire encore : la régression éthique, psychologique, affective accompagne la progression scientifique, technique, économique. »

Ils (les promoteurs du transhumanisme) ignorent, dans leur obsession quantitative de vie augmentée, le besoin primordial de qualité de vie.

Ils ignorent l’aspiration à un autre type de civilisation qui émerge un peu partout dans le monde, dans la résistance à l’hégémonie du calcul, du profit, de l’égoïsme, de l’anonymat, et qui est animée par les besoins d’épanouissement, de partage, d’amour, de vie poétique.  »

Edgar Morin: Connaissance, ignorance, mystère (fayard,2017)(c’est moi qui souligne)

Petit ajout personnel: la même question est présente pour moi en ce qui concerne la qualité de la mort. À trop vouloir repousser l’échéance, (ou la précipiter au nom de la non-souffrance ou de la dignité),  trop vouloir éviter de penser  notre fin ultime, nous acceptons d’ériger des systèmes qui nous en éloignent tellement que nous la craignons encore plus. Nous n’avons plus de « mort naturelle ». Mourir entouré.e, accompagné.e , choyé.e au mieux, n’est-il pas préférable ? Une partie importante des religions et traditions spirituelles est l’accompagnement ritualisé de ce passage ultime. Notre société « scientifique » est, à mon sens, en perte de la réelle dignité de la vie et de la mort.

Sur la tapisserie du Silence


Brouhaha, tumulte, Tohu Bohu, stress, contraction, densité, souffrance, incertitude…Auriez-vous besoin d’espace?

Si vos pensées, vos journées, vos émotions, votre corps, votre environnement, vos relations ressemblent à ce dessin d’un petit garçon de 3 ans, c’est que la réponse est oui.

Nous nous concentrons trop souvent sur la matière; matière visible, matière concrète et solide, matière dense qui occupe facilement nos sens.
Pourtant, il y a plus d’espace vide que de plein, même dans la matière physique.

Ce qui nous permet de voir quelque chose, c’est l’espace autour et entre. Ce qui nous permet de distinguer les différences c’est le vide qui l’accompagne. Si, sur une toile, toutes les couleurs et les traits sont mélangés l’un sur l’autre, il n’y a plus rien à voir. Ce qui nous permet de regarder c’est tout ce qui sépare: l’écart entre les feuilles des arbres, la distance entre les troncs, la profondeur du champs et de nos trois dimensions.
En kabbale on apprend à méditer non plus sur les lettres écrites, mais bien sur l’espace blanc entre elles qui les rend visible.
C’est là que s’ouvre réellement nos sens.Que nous retrouvons une décontraction, une plus grande liberté, une étendue en nous qui nous permet de retrouver notre souffle, puissant et profond.

Dans cet ère des masques obligatoires, notre espace se rapetisse, notre respiration s’amoindrit, et le reste de notre être se contracte. Ce confinement nous fait perdre la sensation immédiate d’avoir de la place autour de nous; d’avoir cette bulle de rien autour de nous dans laquelle nous pouvons puiser notre air et agrandir notre aire. Ne vous laissez pas enfermer intérieurement alors que l’on exige de vous de vous enfermer extérieurement. Reprenez de la place; votre place, matérielle physique (l’espace que vous occupez avec votre corps) et aussi votre espace énergétique: ce rien autour de vous qui est encore « vous ».
Un exercice simple est de commencer à mettre votre présence et celle de vos sens sur le rien autour des choses et des gens. Changer votre focus et regardez le vide; cherchez-le; trouvez l’entre, l’interstice, la tache de lumière au milieu des feuilles, l’intervalle entre les gouttes de pluies.

Il en va de même pour nos sensations physiques, mentales ou émotionnelles. Ce qui nous permet de ressentir, c’est le fait que toutes nos sensations n’arrivent pas en même temps; même nos douleurs « chroniques » changent d’intensité, nos émotions font des vagues, les lieux qui s’expriment en nous se diversifient. Parce qu’il y a ce temps, même infime, entre les sensations, entre nos pensées, nous pouvons naviguer ces flots, vagues, après vagues. Quand nous commençons à nous concentrer plutôt sur cette distance entre nos pensées, nos sensations, nos émotions, nous entrons dans un champs de conscience tout à fait différent. Nous pouvons redevenir vaste. Alors notre être se décontracte et se déploie.
Un exercice simple est de concentrer votre écoute sur les endroits de votre corps qui ne vous envoient aucune sensation; de visualiser le creux vide entre vos doigts, entre vos bras et votre corps, celui qui est juste derrière vos oreilles…Cherchez l’espace entre vos pensées, la fraction de seconde de silence, et mettez-y votre attention. Quand les émotions semblent vous submerger, trouvez la faille, le moment entre les vagues où vous pourriez reprendre votre souffle. Imaginez la toile vierge de votre corps sur laquelle se dépose toute sensation…le parfum d’une fleur qui se dépose sur un air sans odeur, pour vous permettre de le capter…ouvrez-vous à la subtilité des sens, à ce qui se cache sous la matière.

Vous aurez compris que le son aussi n’est audible que grâce au silence sur lequel il est déposé.
Oui, il y a un espace entre les sons, un intervalle entre les notes, une distance entre toutes les manifestations sonores qui nous permet d’entendre, sans quoi nous ne pourrions rien distinguer.
Imaginez, cherchez, trouvez, la tapisserie du Silence sur laquelle se déposent les sons de votre vie…il y a là, la réminiscence du Silence premier et ultime, du Souffle originel. Celui qui vous rappelle que vous êtes plus qu’il n’y paraît; que la vie est plus que ce que vous en voyez; qu’il y a plus de place dans ce Mystère que ce que nous en sommes capables de connaître. Redressez vos épaules et inspirez longuement et souvent ce vide salvateur qu’est l’air autour de vous. Sans Lui, il n’est pas possible de vivre.

Alors vous vous sentirez spacieux.se; vaste;rasséréné.e; paisible; étendu.e voire infini.e …Le Lieu de l’Être sans contrainte, où l’incertitude est confortable, parce que vous vous habitez totalement et faites un.e avec la Vie.
C’est là que votre âme murmure votre prochain pas, votre juste posture, votre moyen d’action dans ce monde.

le destin…

« J’ai l’habitude de répondre que, pour l’homme, le destin est comme le vent pour un voilier. Celui qui est à la barre ne peut décider d’où souffle le vent, ni avec quelle force, mais il peut orienter sa propre voile. Et cela fait parfois une sacrée différence. Le même vent qui fera périr un marin inexpérimenté, ou imprudent, ou mal inspiré ramènera un autre à bon port. »
Amin Maalouf, Les identités meurtrières

Pleine lune de Septembre: Je suis quelqu’un.e

1er septembre 2020
Bonsoir à toutes et à tous.

En ce beau mardi soir où la lune sera pleine dans quelques heures, nous arrivons dans notre 4ième lune.
Être quelqu’un.e, qu’est-ce que ça veut dire?
Plus souvent qu’autrement cela fait surgir l’image d’être quelqu’un.e d’autre, d’avoir une autre vie, ou de faire partie des « élites » de ce monde comme si le but de la vie était d’être Quelqu’un avec un grand Q… 😉
Voici le lien, si vous voulez en lire plus: https://wp.me/pIDR6-hX

Le vent du mois d’août

Bonjour tout le monde,
Je suis encore en vacances…avec une connexion occasionnelle…mais nous sommes dans notre nouvelle lune avec notre nouveau vent: le rêveur.

Pleine Lune du mois d’août 2020

Bonjour à toutes et à tous,

Nous voici dans notre pleine lune du mois d’août en ce premier août…(nous aurons donc une lune « bleue » le 31). C’est la troisième lune: Je suis Moi. voici le lien: https://wp.me/pIDR6-hG

OUPS: correctif…j’était dans la lune je crois…mais notre pleine lune est aujourd’hui, le 3 août! Je me suis mêlée les pattes…(donc pas de lune bleue avant octobre, en plein sur la fête d’Halloween).
Pardonnez-moi.

L’usage des crises…

En ces temps de « crise »…

 » L’anthropologue David Bidney évoquait un ‘complexe de la crise perpétuelle’ pour qualifier l’habitude des élites politiques de recourir à des discours de crise pour discréditer et réprimer les forces contestataires, présentées comme la cause de la crise en question et donc comme une menace à l’ordre social.Un discours de crise peut paraître crédible même s’il n’y a pas de réelles turbulences et même si le système n’est pas déstabilisé ni menacé. De même, des problèmes sociaux très importants peuvent être ignorés, alors que de faux problèmes ou des problèmes mineurs peuvent se voir accorder la priorité, selon les manoeuvres de politiciens et de mouvements sociaux et les choix des médias, très friands de ces sujets. Ce discours de crise est une manoeuvre politique qui sert les intérêts de qui le produit, de qui est victime et de qui mérite de l’aide. En d’autres mots, le discours de crise est en encouragement à l’intervention, à la réaction. »
Francis Dupuis -Déri
Dans: La crise de la masculinité, les éditions du remue-ménage

Ma Joie demeure

jardin botanique de Montréal


15 mai 2020, Vent du Rêveur, lune de Celle-Qui-Devient-Une-Vision

« La Présence ne séjourne pas dans un lieu de tristesse, mais dans un lieu baigné de Joie: s’il n’est pas de Joie, la Présence ne réside pas dans un tel endroit » Zohar1-180b, Cité par Georges Lahy, dans son livre: Le Trône de Joie

Tristes temps pourrions-nous dire…qu’est-ce que l’avenir nous réserve?…le monde va mal…la récession s’en vient, vite on fait des réserves!…on va manquer de tout…c’est terrible ce qui se passe…oui.

Mais cette tristesse est comme un aspirateur à joie. Pire, c’est un aspirateur à Joie. Il y a la joie et la Joie. La joie simple est celle qui vient de l’extérieur; apportée par une personne, une chose, un événement. Mais elle reste dépendante de l’apport du monde vers nous. Spinoza l’appelle la joie passive…et puis il y a la Joie. Georges Lahy l’appelle la Joie Sans Cause.

Il y a en moi un lieu sacré; inviolable où règne, comme le dit si bien mon amie Nathalie Limauge, un soleil invaincu. Et une nuit étoilée de silence et de plénitude. Et une certitude qu’une partie de moi demeure au-delà de l’espace et du temps. C’est la joie d’être en vie, tout simplement. Le plaisir de respirer et d’avoir mes sens en éveil. De pouvoir, aujourd’hui encore, participer , danser et chanter avec la création. Ne suis-je pas fille (fils) des astres, et de la Nature? N’ai-je pas en moi la Mémoire du Monde? La vie qui me traverse est la même que celle de l’oiseau, de la plante ou du mammifère. Seule sa forme diffère. Cette Joie-là engendre la gratitude et me rappelle le privilège profond que j’ai, en cet instant même, de pouvoir encore exprimer la vie dans ce merveilleux jardin.La joie est une fontaine qui jaillit naturellement quand mon âme est paisible.
L’enfant Sait cette Joie. C’est pourquoi nous aimons tant les regarder découvrir le monde, les entendre rire de tout leur être.

Et puis, nous apprenons que la vie c’est du sérieux. C’est pas drôle. Il faut gagner sa vie. Trimer dur. Faire des sacrifices. Accepter la tristesse et le malheur. C’est la vie, dit-on.
Alors nous nous encombrons de croyances, de souvenirs douloureux, d’injonctions délétères; nous achetons le cauchemar ambiant. Notre regard s’éteint. Notre Joie se trouve en dessous de tout ce bardas, de toutes ces impedimenta (bagages encombrants qui retarde la marche d’une armé, par extension ce qui entrave le mouvement-dictionnaire-). Nous finissons par oublier qu’elle existe. Nous finissons même par oublier que nous l’ayons jamais sentie. Alors nous compensons par de la joie passive, consommatrice, éphémère, toujours à recommencer et finalement sans satisfaction profonde.
Le marasme ambiant nous entraîne dans l’oubli. L’oublie de Qui nous sommes profondément; d’Où nous venons et Pourquoi nous sommes ici, dans cette vie, à ce moment particulier de notre monde. Le marais, le sable mouvant, nous aspire vers le fond et nous rend aveugle à notre privilège d’être vivant.e. Nous ne savons plus célébrer, danser, chanter, partager. La peur a pris la place de la confiance; les doutes parsèment nos désirs et rendent l’amour indifférent et la compassion dangereuse. L’humanité se blesse en nous quand nous sommes empêché.es d’agir dignement, moralement et éthiquement. Quand nous sommes obligé.es de participer, de collaborer, sous la menace de représailles et la peur de conséquences funestes, à une façon d’agir qui blesse en nous et en l’autre, l’amour-propre.Alors nous sombrons un peu plus dans l’oubli; dans le puits profond qui nous fait sentir impuissant.es et nous rend apathiques, anesthésié.es ou, pire encore, fait de nous des automates obéissants, au sens critique diminué et aux émotions atténuées ou perverties.
La tristesse est l’arme des puissants pour nous soumettre. La peur, la menace et la confusion sont leurs moyens. La distraction (positive ou négative) nous distance de nous-mêmes et de notre sagesse intérieure. Notre envie de ne pas avoir de responsabilités nous mets entre d’autres mains que les nôtres. La peur de faire du mal (qui est une bonne chose en soi) et d’être la cause du malheur de l’autre inhibe notre pouvoir d’action et de décision. Cela fait de moi une bombe à retardement et de l’autre un ennemi potentiel, porteur inconscient d’une mort sournoise possiblement inéluctable. L’illusion que la sécurité absolue est possible, que nous pouvons tout contrôler avec des efforts et des sacrifices, nous confine. Dans un tel contexte, le joie semble improbable, voire suspecte et inappropriée…Une chance que les artistes de ce monde nous rappelle à la beauté, la créativité et à rire de devant nos peurs!

Car la plus petite lueur fait éclater l’obscurité. Car l’obscurité n’est rien en elle-même; elle n’est que l’absence de lumière. Même le début de la joie crée une lumière en nous. Et un rire libre fait trembler les dominant.es.

Secouons-nous! Notre Joie appelle la Présence. La Présence nous remplit de Joie même au milieu des difficultés de la vie quotidienne. Regardez faire les plantes: même un peu de terre au milieu de l’asphalte est une belle excuse pour mettre de la vie. Regardez les animaux: avec quelle aisance ils retrouvent la tranquillité après un moment de peur, et la gaité après une maladie. Regardez les enfants: ils savent trouver le merveilleux dans une goutte de pluie qui glisse contre la vitre.
Souvenez vous: votre coeur ne bat pas pour lui-même. Il bat pour tous les autres organes de notre corps; pour que la vie continue. Pour que la joie demeure.Pour trouver un espace juste entre prudence et confiance dans l’ordre naturel des choses. Revenez à l’endroit où les humains se savent lié.es avec toute la création et se souviennent qu’ils sont vivants avant d’être mortels. Que la mort qui accompagne chaque instant de nos vies vous rappelle à votre Joie. Elle sera un meilleur guide dans votre vie. Elle fera que le chemin lui-même reste bon même quand il est ardu. Votre Joie est un chemin qu’il ne faut pas confondre avec une destination lointaine, que vous mériterez peut-être plus tard. Si vous ne la trouvez pas en chemin aujourd’hui, qui peut dire comment elle arriverait demain? Ce n’est pas une caisse de retraite: payez maintenant et profitez plus tard. il n’y a jamais de plus tard garanti.

Ma joie demeure. Car sa demeure existe en moi. Parce que je la cultive, la protège et en prends soin comme de la plus belle fleur du monde.

Tissons nos ombres aussi!


Vent du Visionnaire, lune de Celle-Qui-Tisse, le 20 février 2020

Quand nous tissons nos vies dans la lumière du visionnaire, nous tissons aussi avec nos ombres. Rien n’est complet qui tente de rester seulement dans la lumière.
La fin de la dualité n’est pas d’habiter exclusivement la lumière dans son intensité, mais bien d’habiter la lumière dans son entièreté. Car l’ombre n’est qu’un degré de lumière; elle n’est pas ténèbres (qui seraient absence de lumière ou impossibilité de lumière). L’ombre est simplement le repos de la lumière, comme la nuit est le repos du jour.

Cessons d’avoir peur de nos nuits comme de petits enfants ont peur des monstres imaginaires. Acceptons de n’être point parfait.e; d’être seulement sur un chemin tendu vers le meilleur de nous-même. La création n’est pas parfaite. Elle bouge sans cesse, se réorganise, s’adapte. Parfait voudrait dire qu’il n’y a plus rien à ajouter, à changer, à faire évoluer. Comme se plaît à le dire souvent Georges Lahy, s’appuyant sur la kabbale, ce qui est parfait est mort, immobile et figé à jamais. Aimons les contrastes qui rendent visibles, les formes inattendues qui surprennent, les écarts de la normes qui enrichissent, les courbes de nos caractères qui nous rendent humbles plutôt que fourbes.

Nos nuits intérieures, nos moments sombres de l’âme ou de la psyché sont comme les nuits de nos vies: habitées par autre chose.
Elles sont vivantes et parfois discrètes. Elles ouvrent notre visions aux étoiles, invisibles en plein jour. Elles nous font entendre les murmures des rivières, le bruissement des ailes des papillons de lune, ressentir plus intensément la douceur du vent sur notre visage…Si le monde du jour est le monde de l’oeil, celui de la nuit fait honneur à l’oreille. Quoi de mieux que d’entendre la vibration du monde? Le chuchotement de notre âme, ou le souvenir des premiers mots de la création?

Tissons notre être de tous ses fils, tissons nos sociétés de tous ses fils et toutes ses filles. Trouvons la beauté dans ce qui semble clocher; l’harmonie dans ce qui semble dissonant, en ayant confiance que la création crée et créera encore de multiples formes. Des formes nouvelles, liées ou pas aux formes anciennes. Des formes viables, vivantes, adaptées. La création ne cesse jamais de trouver de nouvelles formes pour se vivre. Soyons en joie de toutes ces formes, surtout en nous-mêmes. Honorons ces formes dans l’Autre.

Tissons nos nuits avec nos jours, nos ombres avec la lumière qui les as générées, nos silences avec nos mots, et nos souffrances avec les joies qui les ont précédées et dont elles sont issues.

Racontes-moi ton feu…


31 octobre 2019. La Lune de Celle-Qui-Raconte danse avec le Vent du Porteur-de-Feu.

Racontes-moi ton feu

Racontes-moi tes idées, celles qui étincellent et se faufilent jusqu’à ta conscience venant du profond de ton être. Celles qui ressemblent à un feu de Bengale, brillante sans brûler, et qui célèbrent le plaisir de la réflexion, du germe de la création…Celles qui suivent le fil du détonateur et qui viendront exploser dans une prise de conscience aussi surprenante qu’inéluctable…Celles qui amènent joie, soulagement ou qui trépignent et te poussent à l’action.

Racontes-moi tes braises, quand le temps est mauvais et que tout ce que tu peux faire est de te replier sur toi en attendant que ça passe; préservant le peu qu’il te reste et espérant qu’il en restera encore au matin…quand ton feu semble presque mort et que tu te demandes si cela vaut encore l’effort de souffler dessus et de lui offrir les quelques miettes de combustible que tu possèdes encore; qu’est-ce qui te maintient encore un peu?

Racontes-moi tes Feux de Joie, ceux que tu partagent en communauté et qui réchauffent le coeur de toutes et tous. Ceux qui parlent de collaboration, de chaleur humaine, d’entraide et de tribu. Ceux autour desquels on raconte des histoires et on se souvient ensemble du passé, en désirant l’avenir.

Racontes-moi tes peurs quand la nuit est très sombres et le feu tout bas. Quand il crée plus d’ombres qu’il n’en éloigne…

Racontes-moi tes passions; celles qui t’animent et celles qui te brûlent. Car la ligne est mince entre le feu qui nourrit et celui qui dévore.

Racontes-moi tes colères; celles qui dévastent et celles que tu retiens tant tu as peur de ton potentiel de destruction; tant ta propre violence t’effraie. Racontes-moi aussi tes bonnes colères, celles qui te font mettre des limites, te permettent de t’affirmer, te dressent dignement contre l’injustice ou mettent fin à la violence que tu subis de la part d’autrui. Cette colère qui gronde au coeur des peuples asservis; celle qui combat l’abus; celle qui protège le nid.
Racontes-moi bien toute ta colère, car celle que tu caches pourraient bien se retourner contre toi et contre nous…trop de guerres et de révolutions sont nées de ces colères larvées et cachées, nourries patiemment au profond des êtres souffrants mais endurants.

Racontes-moi le feu du pouvoir; celui qui, brûlant les entrailles, rend aveugle et sourd et ne cherche plus qu’à se propager, qu’à grandir pour tout consommer et consumer.

Racontes-moi le feu de tes souffrances qui, embrasant ton ventre, te rend incapable d’empathie…quand ta propre souffrance prend toute la place dans la relation.

Racontes-moi tes flammes joyeuses, tes chaleurs intérieures, et tes amours…tu sais, ces feux qui grandissent par la seule présence de l’autre dans ta vie.

Racontes-moi ta lumière.

Racontes-moi tous tes feux, du bienveillant au destructeur.
Je te raconterai les miens.

Ensemble, nos feux côte-à-côte, nous pourront ouvrir d’autres feux..de ceux qui guérissent et qui soignent , qui accueillent et protègent.
Que ce cadeau -à double-tranchant- des Dieux, serve au meilleur de l’humanité.

Pourfendre le Vent, attaquer les marées, combattre le temps…


5 juin 2019
« Vain the ambition of kings
Who seek by trophies and dead things
To leave a living name behind,
And weave but nets to catch the wind. »
John Webster , Vanitas Vanitatum

Je sais bien que nous sommes dans le vent du Guerrier et je sais à quel point c’est un rôle important. Le problème vient de l’excès.
De nos jours tout est à combattre: la pauvreté, le racisme, les inégalités sociales, l’immigration « illégale », le cancer, la pollution,la malbouffe, la maltraitance animale, la sclérose en plaque, le travail au noir,l’égalité des genres,l’abus de drogue,le surpoids,la fin du monde, les changements climatiques…
Il me semble que, partout où je me tourne, dans tous les recoins de notre société, il n’est question que de combat. Pour une société soi-disant paisible, c’est très suspect.
À force de tout transformer en combat, en lutte à finir, en promotion de la dominance du plus fort et dans l’idée de perpétuer l’image hollywoodienne manichéenne des bons et des méchants, du bien et du mal. Et évidemment, nous sommes toujours les bons, nos combats sont justes et nous avons forcément raison.

Pendant que nous sommes bien occupé.es à pourfendre le vent et à le « prendre dans nos filets », nous restons dans des états de stress constants; nous sommes dispersé.es et avons l’impression de vivre une vie sous la menace imminente d’une chose ou d’une autre…en quoi sommes-nous alors si différent.es des humains des cavernes qui craignaient tant de manifestations incontrôlables dans leur vie? Leurs peurs étaient différentes, certes, et souvent plus ancrées dans la réalité que les nôtres mais le résultat est semblable: nous nous demandons chaque jour si le ciel ne va pas nous tomber sur la tête. Pour tromper nos peurs, nos rituels sont totalement étrangers à nos ancêtres (consommation, distractions diverses par les drogues, le jeu, le sexe , les manifestations, les écrans…) et pourtant ont sensiblement le même but: calmer nos angoisses existentielles, trouver un apaisement à cette impression que nous n’avons pas la maîtrise réelle de notre vie, de notre destiné. Il y aurait pourtant d’autres moyens plus efficaces et moins « couteux », d’arriver à plus de sérénité quotidienne tout en gardant à l’Esprit la fragilité de notre existence et le grand privilège qu’est la Vie.

Pendant que nous sommes occupé.es à combattre les marées, notre temps n’est plus disponible pour la réflexion. Vous savez, celle qui permet de mieux se connaître soi-même, de mieux comprendre les vrais enjeux, de prendre de meilleures décisions parce que notre intelligence est accessible. Le stress nous ramène à nos instincts, à nos réactivités, à notre mentalité de masse, de foule, qui a peur de l’autre, de l’inconnu et de l’incertitude. Alors que l’incertitude même devrait être notre alliée, puisqu’elle est de tous nos instants.

Pendant que nous combattons le temps (et la température !), croyant faire avancer les choses, nous sommes dans un délire qui ne sert que ceux et celles qui profitent de notre distraction. Vous savez, ceux et celles pour qui ce système est une bénédiction; qui croient qu’ils-elles sont au-dessus de l’ensemble et qu’ils-elles sans sortiront très bien sans nous, leurs vassaux.Nous sommes si préoccupé.es par toutes ces luttes à finir que nous ne voyons plus les avenues, les chemins, les sentiers qui, en réalité, pourraient changer notre monde.

Les luttes, les guerres et les combats devraient être gardés pour les très rares moments où ils sont vraiment nécessaires. Ils devraient être utilisés avec sagesse et parcimonie, sachant que chaque engagement au combat est déjà l’aveu d’un échec de tous les autres moyens qui auraient pu/dû être utilisés avant. La violence, disait Jeanne-Marie Rugira, une de mes professeurs d’université, est l’extrême échec du lien.

Alors ne nous laissons pas entraîner dans le délire ambiant et soignons, nourrissons, réparons, créons, ce qui sera, quoi qu’il arrive, gagnant-gagnant: nos liens avec nous-mêmes, avec les autres (même inconnus), avec le monde et avec la Nature. En partant de notre attachement premier et profond au miracle de notre propre souffle, nous retrouverons toute la révérence nécessaire pour retrouver les multiples chemins qui nourrissent la vie et soutienne le vivre-ensemble.

Que nos révolutions soient calmes et puissantes. Que notre engagement en soit un de non-engagement envers ce qui ne nourrit pas la vie. Que nos résistances soient douces, fermes et constantes. Que l’amour sous-tende nos gestes, nos paroles, nos prises de position. Que notre puissance soit dans la non-collaboration avec les systèmes délétères. Que notre voyage intérieur, en nous-mêmes , nous libère de nos peurs, de nos addictions, de nos malêtres afin que nous puissions, relativement sereinement, faire les changements et les renoncements nécessaires. Renonçons aux idéologies guerrières et violentes; renonçons à la mauvaise utilisation du Feu du Masculin Sacré.
Que nos liens nourrissent nos vies tellement, que nous n’ayons besoin que de très peu pour être bien, satisfait.e et confortable, sécure et confiant.e en l’advenir de notre monde. Imaginons un monde où nos revendications s’exécuteraient plus à l’image de l’archétype du Féminin Sacré: l’Eau. Constance, usure, humilité, contournement, patience, puissance sur la durée, pas toujours dans l’instant…

Alors notre Guerrier, notre Guerrière pourra retrouver sa juste place: L’ultime nécessité.

L’information ne me donne pas la main

Notre monde connecté, notre société moderne, regorge d’informations. Nous pouvons savoir en temps réel ce qui se passe à l’autre bout du monde. Nous avons accès à une masse d’information énorme sur les dernières découvertes sur la nutrition, l’univers, l’état de la faune, la pollution de l’environnement, les conflits et les guerres, les manipulations politiques, la météo. Nous sommes littéralement bombardé.es constamment par des informations, parfois fausse,s dont le but est de manipuler notre opinion et s’insinuer en nous pour nous former, nous déformer, nous formater.

Et pourtant, cette surabondance d’information ne nous donnent pas plus de puissance dans notre vie de tous les jours; c’est bien souvent le contraire qui se passe. Devant la masse immense d’informations que nous ne pouvons gérer , sur lesquelles nous n’avons  aucune prise et la masse d’information sur ce que nous devrions faire ou ne pas faire, dire ou ne pas dire, penser ou  ne pas penser, il n’est pas dit que nous soyons capable de réellement faire le chemin personnel vers une véritable transformation, vers un changement de paradigme.

Un scientifique se désolait de constater que 20 ans de bonne science sur l’environnement, 20 ans de bonnes informations, n’avaient pas réussi à changer le comportement des gens. Il était déçu de constater que le facteur humain, qu’il ne prenait pas en compte, faisait obstacle.

Hubert Reeves lui l’appelle le « putain de facteur humain »…vous savez, celui qui n’est pas rationnel…mais plutôt émotionnel.

Il n’est pas suffisant de savoir pour faire. Regardez les gens qui continuent à fumer malgré un cancer du poumon…

L’information ne me donne pas la main. Elle ne me montre pas comment agir autrement. Au mieux elle accroît nos connaissances, au pire elle nous met dans un sentiment d’impuissance, d’anxiété, d’échec ou de désespoir.

La solution n’est pas dans plus d’informations, elle est dans plus de lien; plus de reliance; plus de tribu; plus d’entraide et de soutien; plus de générosité et de partage; un peu plus d’oubli de soi (dans le sens de laisser moins de place à l’égo et à notre petit moi); plus de « caring »…

Renforçons nos liens et, ensemble, nous nous encouragerons dans de nouvelles voies. Ensemble nous surmonterons nos différents « putain de facteur humain » car nous n’avons pas tous les mêmes et là où je suis faible, vous êtes fort.es. Ne nous laissons pas amoindrir par des idées, des croyances, des compétitions, des privilèges, et des peurs  qui ne servent pas le meilleur de chacun.e de nous et de l’à-venir. Comme les autochtones le disent, pensons nos gestes en fonction des 7 générations à venir.

Ensemble.

(Crédit Photo Wikipédia, Manos de Gargas)

Conscience, conscience…Tu sais Être


Conscience.

Parfois tu es aube. Tu apparaît comme une lueur lointaine, presque imperceptible. Tu t’immisces, tu te faufiles, tu contournes et te répands, tu te glisses dans les moindres interstices jusqu’à rejoindre mon Je, qui, tout fier car il croît bien avoir fait quelque chose, s’éveille et Voit. Mon Je s’excite: « Ah, je vois, c’est ça , je comprends, enfin!!! ». Et oui, conscience, tu sais être Révélation.

Parfois tu es Oiseau-Tonerre,. Tu déchires violemment le ciel de mes endormissements, de mes demi-sommeils, de mes paresses, de mes contentements faciles, de mes « confortables anesthésies » comme le chantait si bien Pink Floyd. Tu m’aveugles soudainement et c’est presque avec un cri que mon Je te prends. Il n’a pas le choix. L’éclair le dévaste, le renverse,l’abasourdit… Jupiter gronde et ne me laissera pas me rendormir sur ce coup-là. Je serai forcé.e de voir, bouleversé.e par ton cataclysme et laissé.e au sol, nu.e et tremblante.e et renouvelé.e. Tu sais être Métamorphose.

Parfois tu es moustique, abeille contre la vitre. Tu cognes à répétition sur la fenêtre fermée de mes croyances rigides, des mes certitudes obsolètes, de mes savoirs bornés. Inlassable tu toc-toc-toc. Je te repousse d’un geste impatient de la main: »laisses-moi tranquille, tu me fatigues! ». Je te refuse, mais tu es patiente et continues, toc-toc-toc! Jusqu’à ce que, exaspéré.e, j’ouvre cette satanée fenêtre en m’écriant : « et quoi encore?!? ». Et tu m’as eu. La fenêtre est ouverte. L’air frais et la lumière me pénètre. En voilà une autre, fenêtre, qui restera ouverte. Tu sais être Insistante.

Parfois tu es accouchement. Douleur et merveille, désespoir et miracle, lâcher-prise et abandon. Je te hurle en mon for intérieur; j’ai mal du monde; j’aimerais mieux me rendormir, te fuir, te noyer, t’écarter, te repousser te laisser te noyer en moi pour ne plus avoir mal de ce que tu me montres. S’Éveiller avec toi entraîne la souffrance de ne plus pouvoir fermer les yeux. Tu sais être Ouvreuse.

Chez l’être malade, ou fou, tu ressembles a un feu follet dans le cimetière de la personnalité…insaisissable, tu m’échappes. Je crois t’avoir un instant, j’ai le bonheur fou de t’avoir retrouvée dans le regard de l’aimé.e, dans un geste, dans un mot; mais tu disparaît aussitôt. Comme si tu n’avais pas prise sur un cerveau qui s’étiole, mais que tu essaies quand même. Alors l’espoir devient acide et me brûle. Et je dois, encore et encore une fois, te perdre et te laisser aller. Je dois alors me convaincre que tu es quand même là où je ne te vois plus. Forcené.e, je te quête pourtant encore, me disant que même un instant de Toi vaux mieux que le néant. Tu sais être Esquive.

Parfois tu es scalpel. Cadeaux des Dieux, à la fois Bénédiction ou Malédiction, selon comment je t’utiliserai. Tu me pénètres à la recherche de cette tu-meurs qui me tue tranquillement, consciencio-phage. Cette masse qui préfère l’ombre-nuit-profonde, crépuscule infini, qui s’enfonce comme un soleil mourant derrière la montagne, sans aube derrière. Quand Je ne veux pas voir, pas savoir, plus sentir. Quand Je préfère blesser l’Autre à la place de guérir. Quand Je fais violence à la vie, offense au Sacré de moi et de l’Autre. Quand le sujet disparaît et toutes et tous deviennent objet pour un Je qui s’enténèbre. Alors je te refuses, car si je te laisse me pénétrer j’ai peur de ne pas survivre à ma culpabilité; j’ai crainte de ne pas pouvoir réparer le mal que j’ai causé; je refuse de me soumettre à l’impérieux devoir qui s’imposera à moi d’Agir Autrement; de demander pardon, de faire amende honorable ou d’offrir ce pardon à ceux et celles qui m’ont d’abord fait mal. Conscience, je t’en prie, ne m’abandonne pas quand même. Car c’est bien là, que j’ai le plus besoin de Toi pour revenir au Monde, aux Autres et à Moi-même. C’est seulement à ce prix douloureux, quand Tu me fais Mal, que je redeviens humain.e si je m’étais perdu.e. Tu sais être Réparation et Pardon.

Parfois, je m’ennuie de la Nuit. Car je pleure plus souvent quand Tu es mon amie, conscience. J’ai la nostalgie de ma naïveté, de ma pureté d’enfant. Mon regard sur le monde pourrait bien me désespérer. Alors tu me consoles et me rappelles que chaque Goutte de conscience compte dans la Source de la Création. Tu sais être Bienveillance.

Parfois tu es eau-miroir. Le moindre souffle me fait frémir; la moindre onde me bouscule. Quand Je fais finalement Silence, alors, Je sereine, Je tranquille, Je calme, Je apaise.Je Joie. Alors Je Suis avec Toi. J’effleure avec le doigt de mon âme la Conscience en Toute Chose: arbre, caillou, fleur, oiseau. Tu sais Unir.

Conscience, où que Tu sois, quelque soit la forme que Tu prends, ne te lasses pas d’être la Rosée des humains. Nous en avons besoin.

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