Écoute que coûte!

11 août 2017, Lune de Celle-Qui-Écoute, vent du Visionnaire

Écoutes ce que je te dis! Traduire: fais ce que je te demande.
Écoutes-toi parler! Traduire: ce que tu dis n’est pas bien.
Il y en a qui s’écoute un peu trop! Traduire: se mettre en priorité n’est pas bien.

Depuis le berceau, la plupart d’entre nous avons appris à ne pas écouter; et aujourd’hui nous en sommes devenu(e)s sourd(e)s.

Nous voilà fraîchement arrivé(e)s que déjà on enseigne à nos parents à ne pas « trop » écouter nos peurs, nos angoisses, voire nos cris de désespoir.
Certainement depuis le Dr Spock, dans les années soixante, la société occidentale a entrepris de « mater » ses bébés. Les mettre à l’horaire d’un boire au 4 heures et d’une nuit d’au moins huit heures. De ne pas trop les prendre, de ne pas céder à leurs « caprices » et surtout de ne pas se laisser « manipuler’ par cette petit boule hurlante qui doit être mise au pas le plus tôt possible.
Et puis la domestication continuera, inexorablement. On sera forcé de rester assis(e) à table , à l’école, durant le spectacle ou la lecture à la bibliothèque.
On devra avoir faim quand c’est l’heure de manger; avoir envie de pipi quand c’est le bon moment ou alors se retenir; à être malade les fins de semaines pour ne pas perturber le travail ou l’école ou bien y aller malgré nos malaises…faudrait pas trop s’écouter! sinon, où irait le monde?

Nous voilà adultes. Sourd(e)s à nous-mêmes, à nos besoins, à nos rêves, à nos désirs, aux frémissements légers de nos coeurs meurtris et de nos âmes en souffrance. Nos peurs deviennent alors les gardiennes de nos révoltes. Elles nous empêchent, nous envahissent, nous font hésiter, trébucher…elles nous alertent que tout ne va si bien dans nos vies trop huilées.
Nos insatisfactions deviennent les fenêtres qui tentent d’éclairer nos manques véritables: manque de lien, de reliance, de se sentir compris(e)s, accepté(e)s, utiles, valorisé(e)s comme membre à part entière d’une tribu malheureusement disparue.

Nous n’avons pas été écouté dans nos besoins de bases. Ensuite, nous avons été éduqué à la surdité intérieure.
Pas étonnant qu’il soit si difficile de s’entendre. De s’entendre soi-même et d’entendre l’autre.
Comment être complètement présent(e)s à l’autre quand notre propre intérieur crie: oui, mais moi aussi, je souffre. Oui, mais aussi j’ai vécu des choses terribles et personnes ne m’a écouté. Oui, mais moi je ferai comme ci. Oui mais moi c’est pire. Moi, moi, moi…et nous ne sommes même pas assez égoïstes pour prendre soin de nous même de manière juste, équilibrée et belle.

Comment écouter la nature, quand la nôtre est ravagée? Nous traitons la nature externe comme nous avons appris à traiter notre nature interne.

Car pour écouter l’autre, il faut ouvrir en Soi un espace qui n’est pas rempli de nous-mêmes. Il faut savoir faire une juste abstraction de notre petit moi pour réellement recevoir l’autre, ses interrogations, ses souffrances, ses peurs, ses joies et peines. Si les miennes font obstruction, alors mon oreille se voile et déforme les propos, attribue des intentions et des jugements, traduit mal le sens de ce qui est offert par l’autre qui se donne dans sa parole.

Une juste écoute devra passer par celle que nous nous accorderons d’abord à nous-mêmes. Offrons-nous du temps, régulièrement, pour faire le point. Pratiquons l’auto-empathie, l’auto-écoute avec bienveillance. Enterrons la hache de guerre que nous entretenons avec les parties de nous que nous avons exilées, jugées inadéquates, rejetées car elles nous mettent face à notre impuissance, nos failles, nos blessures. Trouvons des lieux et des personnes qui savent nous écouter avec le moins de filtre possible.Une écoute vivante, présente, accueillante.

Libérons notre propre écoute de ses entraves.

Au fur et à mesure que s’apaisera notre intérieur, nous pourrons alors réellement tourner une oreille bienveillante vers l’autre, la nature et le monde. Et enfin, entendre jusqu’à la conscience. Si nous ne pouvons plus faire la sourde oreille, alors cela peut changer notre monde.

Crédit Photo:mliu92, Fennec Fox 6027, dans Flickr

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6 Commentaires (+ vous participez ?)

  1. Clara-Christine Verhas-Breyne
    Août 11, 2017 @ 19:32:37

    Merci pour cette réflexion… Tes mots résonnent…
    Je suis en plein dans toutes ces découvertes…

    Réponse

  2. Colette Lalonde
    Août 11, 2017 @ 22:37:19

    Merci

    Réponse

  3. Sylvie Dubois
    Août 12, 2017 @ 00:16:46

    Ouf! Vraiment très inspirant. Impossible de ne pas me sentir interpellée. Ça tombe plutôt bien, le hasard n’existe pas. C’est ce que je crois.
    Merci pour tes écrit Nadeije!

    Réponse

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